Le doctorant, KUTANGILA Malundama Succès, a défendu, le 25 avril 2025, sa thèse de doctorat à l’Ecole Doctorale Sciences et Technologies de l’Eau, de l’Energie et de l’Environnement de l’Institut 2iE. Portant sur le thème « Ajout de la dimension eau souterraine dans la compréhension et la gestion des ressources en eau partagées dans la région du Sahel. Cas du bassin de Taoudéni ». Cette étude entend contribuer à approfondir les connaissances sur les ressources en eau souterraines et leur prise en compte dans les cadres institutionnels de gestion intégrée dans le Sahel. A l’issue de l’exposé des résultats, des échanges et de la délibération, KUTANGILA Malundama Succès a été déclaré par le jury digne du grade de docteur en Eaux, avec la mention « Très honorable ».
La région du Sahel demeure marquée par le changement climatique, la raréfaction des ressources en eau et une pression démographique croissante. De ce fait, elle fait face à une forte vulnérabilité climatique et une pression croissante sur les ressources en eau. La thèse de KUTANGILA Malundama Succès s’intéresse à une meilleure prise en compte de la gestion des eaux souterraines, restée souvent négligée, dans les cadres institutionnels de gestion intégrée. Et dans ce cas de figure se présente le bassin de Taoudéni, un bassin partagé entre plusieurs pays du Sahel et abritant des ressources en eaux souterraines vitales pour les communautés locales. Malgré son potentiel aquifère et de développement économique significatif pour l’ensemble de la région, il demeure mal connu et peu exploré dans sa partie burkinabè, en particulier sur le plan de sa dynamique hydrogéologique en profondeur.
Cette méconnaissance entrave l’intégration effective de la ressource dans les stratégies nationales et transfrontalières de gestion de l’eau. Le problème central réside donc dans l’absence de données fiables et de compréhension suffisante des systèmes aquifères profonds, ce qui freine toute gestion durable et concertée de cette ressource stratégique.
La présente étude vise à contribuer à une meilleure connaissance du fonctionnement hydrogéologique des aquifères de la bordure sud-est du bassin de Taoudéni (partie burkinabè). Il s’est agi spécifiquement de caractériser la géologie (Lithologie, géométrie et structure) et l’hydrodynamique des aquifères, ainsi que la recharge (en termes de mécanisme, quantification et spatialisation) et le taux de renouvellement des eaux souterraines.
Fournir des données fiables afin de favoriser une meilleure prise de décision pour la surveillance et la gestion durable des eaux souterraines dans le Sahel.
L’impétrant a présenté les résultats de ses travaux de recherche pendant une quarantaine de minutes devant un jury présidé par Prof. Séta NABA de l’université Joseph KI-ZERBO du Burkina Faso, et composé de Prof. Euloge Nicaise YALO, de l’université d’Abomey-Calavi du Bénin, du Prof. Samuel NAKOLENDOUSSE de l’université Joseph KI-ZERBO du Burkina Faso, du Dr (MC) Aristide Gountôh DOUAGUI de l’université NANGUI ABROGOUA de la Côte-d’Ivoire, du Maitre de recherche Elie Serge Gaëtan SAURET de l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles/CNRST du Burkina Faso.
Les travaux de thèse ont été dirigés par Prof. Mahamadou KOÏTA du Laboratoire Eaux, Hydro-systèmes et Agriculture (LEHsA) de l’Institut 2iE.
KUTANGILA Malundama Succès a adopté une approche méthodologique intégrée combinant l’analyse documentaire, des levés de sismique réflexion pour caractériser la structure des aquifères, ainsi que des études piézométriques et hydrogéochimiques pour comprendre le fonctionnement hydrodynamique et évaluer la qualité des eaux. La recharge a été estimée à l’aide de la méthode de fluctuation piézométrique (WTF) et du bilan hydrologique basé sur des données satellitaires. Enfin, des analyses isotopiques (Deutérium, Oxygène-18 et Tritium) ont permis de caractériser les mécanismes de recharge et le temps de renouvellement des eaux souterraines. L’ensemble des résultats a été intégré dans une réflexion sur la gestion transfrontalière de la ressource.
Les résultats obtenus sont d’une grande valeur scientifique et opérationnelle. Son travail a permis de caractériser les aquifères du bassin de Taoudéni à travers une approche intégrée. Les levés de sismique réflexion ont mis en évidence une structure subhorizontale, avec plusieurs aquifères profonds ; le toit du socle est compris entre 1047 et 1500 mètres de profondeur dans la zone de Nasso, correspondant à l’épaisseur du bassin dans cette zone.
L’analyse piézométrique a révélé un fonctionnement multicouche, marqué par des écoulements bimodaux — locaux et régionaux — orientés du sud-ouest vers le nord-est. Ces éléments ont permis de définir les conditions aux limites du modèle conceptuel hydrogéologique de la zone d’étude.
Les analyses hydrogéochimiques ont confirmé ces dynamiques, en indiquant une qualité d’eau globalement bonne, avec une minéralisation dominée par l’hydrolyse des silicates, la dissolution des carbonates, et une influence anthropique localisée dans quelques cas. Les données isotopiques, combinées à l’analyse du tritium, ont permis de distinguer des eaux anciennes, récentes et mélangées, attestant d’une recharge récente limitée. Enfin, l’évaluation quantitative de la recharge indique une moyenne de 36,7 mm/an, soulignant la prédominance des eaux fossiles et la vulnérabilité du système face aux évolutions climatiques futures.
« Contribuera au renforcement de la résilience des communautés locales, à la sécurité hydrique et à une meilleure planification territoriale »
À l’issue des travaux de recherche, plusieurs perspectives s’ouvrent. Sur le plan scientifique, il serait pertinent de poursuivre les investigations par des forages profonds accompagnés de diagraphies afin de valider les structures géologiques identifiées par la sismique réflexion. Le développement de modèles numériques hydrodynamiques en 3D permettrait également de simuler les écoulements souterrains à l’échelle régionale et transfrontalière, en intégrant différents scénarios de gestion.
Sur le plan industriel, ces résultats constituent une base solide pour orienter des projets de mobilisation durable des eaux souterraines, tant pour l’approvisionnement en eau potable que pour les besoins du secteur minier, dans un contexte de forte vulnérabilité climatique. En ce qui concerne le développement local, une meilleure connaissance des ressources en eau souterraine peut contribuer à renforcer la résilience des communautés face aux sécheresses, sécuriser l’accès à l’eau dans les zones rurales, et appuyer des politiques d’aménagement du territoire fondées sur une gestion durable de la ressource.
Enfin, les résultats mettent en évidence la nécessité de mettre en place une gestion raisonnée et durable des eaux souterraines, compte tenu de leur renouvellement lent et des pressions croissantes liées aux activités anthropiques. À terme, cela contribuera au renforcement de la résilience des communautés locales, à la sécurité hydrique et à une meilleure planification territoriale.
Incarner une passerelle entre la recherche académique et les besoins du terrain
Le jury, à l’unanimité, a apprécié la pertinence et la rigueur méthodologique des travaux de recherche de KUTANGILA Malundama Succès.
Le nouveau docteur envisage également un avenir au service de la science et des communautés. Il souhaite s’impliquer dans la formation et la recherche tout en restant engagé sur le terrain pour appuyer des initiatives concrètes liées à l’eau et au développement local. Il envisage également de mettre ses compétences au service du développement communautaire, en s’impliquant dans des études et projets concrets liés à l’eau : amélioration de l’accès à l’eau potable, protection des ressources stratégiques, ou encore planification territoriale intégrant la ressource en eau.
« Tout d’abord, j’aspire à contribuer à la formation de la jeunesse en intégrant une institution académique, afin de transmettre les connaissances acquises en hydrogéologie, géosciences et gestion intégrée des ressources en eau. Je souhaite également poursuivre des travaux de recherche, notamment sur les systèmes aquifères, leur vulnérabilité face aux changements climatiques, et les approches innovantes de leur valorisation durable. Mon objectif est de participer à la production de savoirs utiles aux politiques publiques et aux acteurs de terrain. », projette-t-il.
L’ambition pour Dr. KUTANGILA Malundama Succès est de jouer ainsi un rôle de passerelle entre la recherche scientifique et les besoins du terrain, en accompagnant les collectivités, les ONG ou les institutions publiques dans la mise en œuvre de solutions durables et adaptées aux réalités locales.




















Laisser un commentaire