Industrie rurale africaine
L’énergie photovoltaïque comme clé de voûte
L’Afrique subsaharienne rurale dispose d’importantes ressources agricoles à forte valeur ajoutée telles que le karité, l’arachide ou le sésame. Pourtant, ce potentiel demeure largement sous-exploité et génère peu de retombés pour les populations locales. L’une des principales contraintes réside dans l’accès à l’énergie, qui reste à la fois insuffisant et coûteux pour les acteurs de l’économie rurale. A travers la filière karité Stéphanie Bignon Nounagnon a analysé en profondeur les enjeux liés à la consommation énergétique tout au long de la chaîne de production du beurre de karité, dans le cadre de ses travaux de thèse.
Le Karité : Un marché de milliards, une réalité de centimes
L’impétrante a orienté ses travaux sur la filière karité, avec le thème : « exploring solar photovoltaic (pv) technology for productive use : a case study of shea butter production using mechanical screw press ». Tout est parti d’un constat : la filière karité génère des milliards de dollars, mais les communautés rurales qui sont à la base en tirent peu de bénéfices. En effet, alors que le marché mondial du karité est estimé à 2,17 milliards de dollars, seulement 10 % des amandes sont transformées localement en milieu rural. Le manque d’un accès à une électricité fiable limite l’utilisation d’équipements modernes et contraint les communautés à exporter la matière brute, réduisant ainsi les opportunités de création de valeur locale.
La science au service de la pratique : La presse mécanique (MSP)
Pour ses travaux de recherche, Stéphanie Nounagnon s’est intéressée à une technologie clé : la presse mécanique à vis (MSP). Contrairement au barattage traditionnel, très consommateur d’eau et d’énergie thermique, cette technologie permet une transformation plus efficace et plus durable. Cependant, son fonctionnement repose entièrement sur un approvisionnement électrique fiable, faisant de l’accès de l’énergie électrique un facteur déterminant pour son adoption en milieu rural.
L’innovation, les résultats, et la lumière au bout du tunnel
La recherche ne s’est pas limitée à l’analyse théorique. A partir d’audits réalisés au Burkina Faso et de simulations effectuées avec le logiciel HOMER Pro, Stéphanie Nounagnon a mis en évidence deux leviers majeurs pour améliorer la compétitivité de la transformation du karité :
- le mode « Heures Solaires » : Au lieu de faire fonctionner l’usine 24h/24, l’étude montre qu’il est bien plus rentable d’aligner la production sur la disponibilité de l’énergie solaire. Cette approche permet d’abaisser le coût de l’électricité à 124 XOF/kWh, soit une réduction de 35 % par rapport au tarif du réseau conventionnel.
- l’indicateur SCOE (Coût Spécifique de l’Électricité) : développé dans le cadre de la thèse, cet indicateur mesure le coût de l’énergie nécessaire à la production d’une tonne de karité. Il offre ainsi un outil d’aide à la décision plus pertinent que le simple coût du kilowattheure pour évaluer la performance énergétique des unités de transformation.
Les conclusions sont sans appel : le scénario optimal combinant l’énergie solaire, une chambre froide innovante et une exploitation de l’usine toute l’année (11 mois au lieu de 4), permet de réduire le coût énergétique de production de 44 %. Passer d’une activité saisonnière à une production annuelle est d’ailleurs le levier économique le plus puissant, réduisant les coûts de 60 %.
Au-delà de l’usine : Le modèle ABC (Ancre-Business-Communauté)
L’aspect le plus inspirant de cette recherche est son impact social. Stéphanie propose le Modèle ABC : l’usine de karité devient une « charge d’ancrage » pour un mini-réseau solaire. En produisant environ 30 % d’électricité excédentaire, elle peut éclairer les foyers, les écoles et les centres de santé environnants.
A la clé…
Le jury qui a apprécié ces travaux était composé de :
- Zacharie KOALAGA, Professeur Titulaire Université Joseph KI-ZERBO, Burkina Faso, Président ;
- Bienvenu Macaire AGBOMAHENA, Professeur Titulaire Université d’Abomey-Calavi, Bénin, Rapporteur ;
- Djicknoum DIOUF, Maitre de Conférences (CAMES) Université Gaston Berger, Sénégal, Rapporteur ;
- Sié KAM, Professeur Titulaire Université Joseph KI-ZERBO, Burkina Faso, Examinateur ;
- Abdoulaye COMPAORE, Maître de Recherche Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique, Burkina Faso, Examinateur ;
- Yrébégnan Moussa SORO, Professeur titulaire Institut 2iE, Burkina Faso, Directeur de thèse.
A l’issue de la présentation, le jury a déclaré l’impétrante digne du grade de Docteur en Sciences et Technologies de l’Eau, de l’Énergie et de l’Environnement, spécialité « Énergie » avec la mention « Très honorable ». Le jury lui a également adressé ses félicitations.
Des perspectives orientées impact
En démontrant que l’énergie solaire constitue une solution à la fois fiable et économiquement avantageuse pour la transformation du karité, cette recherche ouvre de nouvelles perspectives pour le développement des filières agricoles en Afrique rurale.
En démontrant que le solaire est techniquement réalisable et surtout économiquement plus rentable comparé au réseau classique, ces travaux ouvrent la voie à une Afrique souveraine de ses ressources, alimentée par son propre soleil.
Après ces années de recherche et les résultats obtenus, Stéphanie Nounagnon ambitionne de porter ces résultats au sein des grandes institutions de développement. Son objectif est clair : faire en sorte que l’énergie ne soit plus une simple commodité domestique, mais le moteur de la création d’emplois décents et de lutte pour une amélioration des conditions de vie des acteurs de la transformation agricole en Afrique rurale.


















Laisser un commentaire