cindy-codjoCindy CODJO, étudiante en cours de formation à 2iE et finaliste au concours international Défi Bouygues 2014 arrive à se distinguer de bien des façons malgré son choix de filière encore malheureusement considéré comme atypique pour des femmes en Afrique. Elle témoigne de son parcours à l’occasion des 10ème Journées Entreprises de 2iE

Pouvez-vous vous présenter et décrire en quelques mots votre parcours scolaire et universitaire jusqu’à présent ?
Je me nomme CODJO Cindy et je suis de nationalité Togolaise. J’ai effectué mes études secondaires au Togo, où j’ai obtenu mon BAC C en 2010. A la suite de cela, j’ai entamé une formation en ingénierie à 2iE où j’ai obtenu un Bachelor en ingénierie de l’eau et de l’environnement en 2013. Aujourd’hui je suis en deuxième année de Master en Génie Electrique et Energétique, option Energie. 

Comment décririez-vous votre expérience à 2iE en tant qu’étudiante ? Pensez-vous avoir été bien préparée pour votre situation actuelle ?
Etre étudiant à 2iE est un vrai parcours du combattant. Entre les cours, les travaux dirigés et pratiques, mais aussi les projets et examens, on n’a pas le temps de s’endormir sur ses lauriers. Cependant, cette gestion de la pression et du stress que l’on expérimente chaque jour nous prépare à notre métier où la gestion des projets, surtout de grande envergure, est encore plus complexe. Dans le fond, la formation proposée au sein de cet institut m’a permis personnellement d’acquérir des connaissances théoriques qui ont été complétées par des stages pratiques suivant le programme académique. Toutefois, ces connaissances sont également le fruit de beaucoup de travail personnel et de recherche. Ce qui me permet de mieux me positionner sur le marché du travail.
En outre, l’accent mis sur l’entreprenariat est un atout favorable qui me permet aujourd’hui de voir au-delà de la simple recherche d’emploi à la fin de mes études. Lorsque l’on comprend bien les retombées socio-économiques que cette initiative engendre, pour nos pays africains, si elle est bien mise sur pied, on ne peut que l’envisager.
Sur le plan socioculturel, je dirai que le melting-pot expérimenté à 2iE, m’a permis de m’enrichir des réalités et des idées des pays autres que le mien, surtout dans mon domaine d’étude qui est l’énergie. Par ailleurs, cela m’a rendue ouverte d’esprit en matière de gestion du relationnel humain, dans une profession où on est appelé à gérer des hommes dans la conduite de projets. 

Les métiers d’ingénieurs sont généralement considérés de prime abord comme masculins et dominés par une forte présence masculine. Votre intégration dans l’institut a-t-elle été influencée de quelque manière que ce soit par votre genre ? Si oui de quelle façon ? Pensez-vous que ce paramètre influera aussi sur votre insertion professionnelle ?
Je dirais que la communauté étudiante masculine en général de l’institut respecte et encourage les étudiantes qui suivent une formation et envisagent une carrière dans un domaine plutôt traditionnellement l’apanage des hommes. Je pense que cela est dû à nos sœurs ainées qui ont fait leurs preuves à 2iE, et cet esprit est à conserver. 
Dans le monde professionnel, ce fait est plutôt mitigé. D’un côté, je crois que les qualités d’écoute et de conciliation des femmes est un atout bien accueilli par la gente masculine qui d’ailleurs est enthousiaste à travailler avec leurs homologues féminins. D’un autre coté, le contexte africain nous rattrape facilement. Il est parfois difficile pour les hommes de collaborer ou de recevoir des instructions de femmes d’un même niveau ou de niveau supérieur à eux. Malgré tout, j’estime qu’il nous revient de démontrer de quoi on est capable afin de trouver notre place dans le monde professionnel. Et cela est valable aussi bien pour les métiers d’ingénieurs que pour les autres professions. 

Pensez-vous qu’il soit important pour un ingénieur francophone de nos jours d’avoir de bonnes compétences en anglais ? En quel sens ?
Oui, je dirais même qu’il est primordial aujourd’hui pour un ingénieur d’avoir de bonnes compétences en anglais. En effet, nous sommes arrivés à une ère où l’on ne peut ignorer que la langue de travail à l’international est l’anglais. Ainsi, pour un ingénieur, qui désire se donner les moyens de travailler sur des projets à l’international qui font intervenir plusieurs collaborateurs étrangers, l’anglais est requis.

D’un autre point de vue, pour un ingénieur, il est important de se recycler continuellement en raison de l’évolution des technologies, des méthodes, des normes et bien d’autres éléments. Dans cette optique, on a recours à de la documentation qui pour la plupart est rédigée en anglais, langue de communication scientifique et technique

D’ailleurs j’en profite pour encourager mes collègues à faire de l’apprentissage de la langue de Shakespeare une de leurs priorités. 

Quelles sont vos ambitions en tant qu’ingénieure pour les prochaines années ? Un dernier mot à l’endroit des filles qui souhaitent s’engager dans les métiers d’Ingénierie ?
Pour les prochaines années, j’ambitionne de monter une entreprise de prestation de services dans le domaine de l’énergie en collaboration avec certains de mes collègues. Ce projet débutera dans un pays ouest africain pilote, et s’étendra dans la sous-région. Ceci dans l’optique de proposer des solutions idoines répondant aux enjeux énergétiques du contexte africain en mettant en avant des ingénieurs « Made in Africa ». Ce projet, au-delà de tout cela, a pour but de participer au développement de l’Afrique en matière d’énergie bien sûr, mais aussi en créant des emplois et des retombées économiques. Nous apporterons ainsi notre pierre à l’édifice commun. 

A l’endroit des filles qui souhaitent embrasser les métiers d’ingénieurs, je les félicite tout d’abord, car ce n’est pas un choix évident, et les encourage à poursuivre leurs ambitions de formation professionnelle. Je les invite à être persévérante et également à s’armer, de courage et de rigueur pour atteindre leurs objectifs. En fonction des aptitudes de chacune, le chemin ne sera probablement pas le même mais il faudra toujours avancer.

Je terminerai ainsi sur cette pensée de Martin Luther King : 

“If you can’t fly, then run

if you can’t run, then walk

if you can’t walk, then crawl,

but whatever you do,

you have to keep moving forward”